La vertu de la rencontre

Quand la confiance partagée et l’alliance soignant-soigné deviennent le premier médicament

Résumé
Cet essai interroge la rencontre clinique comme événement fondateur du soin, antérieur à toute technique. Mobilisant la phénoménologie du dialogue (Buber, distinction Je-Tu / Je-Cela) et l’éthique du visage (Lévinas), il montre que la qualité de présence du soignant conditionne la possibilité même d’une alliance thérapeutique. Cette intuition philosophique est confrontée aux données de la médecine et de la psychothérapie : la formule de Balint sur le « médecin-médicament », l’effet placebo (efficacité de l’ordre de 30 % dans les essais en double aveugle), les trois conditions rogériennes du changement thérapeutique (empathie, congruence, regard positif inconditionnel), et la méta-analyse de référence de Flückiger, Del Re, Wampold et Horvath (2018, 306 études, environ 30 000 patients), qui établit une corrélation significative (r = 0,278 ; d = 0,579) entre qualité de l’alliance thérapeutique et amélioration clinique, soit près de 8 % de la variance des résultats cliniques expliquée par le seul lien relationnel. Le concept cyrulnikien de « tuteur de résilience » prolonge cette réflexion vers l’inscription de l’alliance dans la durée, au-delà de la seule consultation. L’essai conclut en proposant une redéfinition de la vertu du soin, au sens antique de l’arétè, comme excellence propre de la rencontre elle-même, et non comme supplément d’humanité ajouté à la technique. Il en tire des implications concrètes pour la pratique clinique : primat de l’accueil sur le protocole, modestie technique quelle que soit l’école (systémique, hypnotique), et nécessité, pour le soignant, de prendre soin de l’instrument relationnel qu’il constitue lui-même — dans la lignée des groupes Balint. Cette approche articule ainsi rigueur scientifique et exigence éthique de la relation clinique.

Mots-clés
Alliance thérapeutique · confiance · rencontre clinique · effet placebo · relation soignant-soigné · phénoménologie du dialogue · résilience

Références
Buber, M. (1923). Je et Tu. https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_et_Tu
Grandjean, M. L’éthique du visage de Lévinas : entre interdits et obligations, quelle responsabilité ? https://www.martingrandjean.ch/ethique-du-visage-levinas-entre-interdit-et-obligation-quelle-responsabilite/
Balint, M. (1957). Le médecin, son malade et la maladie. Paris : PUF. https://www.mcours.net/fra6/bilafra6rapp112.pdf
Académie nationale de médecine. Présentation : l’effet placebo dans la relation médecin-malade. https://www.academie-medecine.fr/presentation-leffet-placebo-dans-la-relation-medecin-malade/?lang=en
Rogers, C. R. (1957). The necessary and sufficient conditions of therapeutic personality change. https://shs.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2013-1-page-65?lang=fr
Flückiger, C., Del Re, A. C., Wampold, B. E., & Horvath, A. O. (2018). The alliance in adult psychotherapy: A meta-analytic synthesis. Psychotherapy, 55(4), 316–340. https://psycnet.apa.org/fulltext/2018-23951-001.pdf
Cyrulnik, B. Entre concept de résilience et théorie de l’attachement. https://www.actionenfance.org/boris-cyrulnik-entre-concept-de-resilience-et-theorie-de-attachement/

Gerard Ostermann
Professeur de thérapeutique option médecine Interne.
Psychothérapeute-Analyste.
Diplômé de thérapie Cognitivo-Comportementale et de pharmacologie.
Spécialiste des conduites addictives, de l’anorexie et de la prise en charge de la douleur et des traumatismes.
Spécialiste en cardiologie et angiologie.

Gerard Ostermann est membre du centre International en approche systémique stratégique

Sebastien Chary