Résumé
La lutte contre la désinformation en santé figure comme une priorité nationale en France. En avril 2025, le Ministre de la santé Yannick Neuder organisait un colloque sur ce sujet et missionnait les Prs Molimard, Costagliola et le Dr Maisonneuve pour rédiger un rapport sur la désinformation en santé [1] (remis à la Ministre de la santé Stéphanie Rist en janvier 2026).
La désinformation touche tout particulièrement les pratiques de soins non conventionnelles (PSNC). Des promesses irrationnelles de guérison sont souvent diffusées sur les réseaux sociaux ou par certains professionnels, de même que des théories « non validées scientifiquement » prétendant expliquer leur action thérapeutique supposée.
La lutte contre la désinformation mobilise ainsi de nombreux acteurs institutionnels et non institutionnels (journalistes, influenceurs, etc…), ces derniers affirmant « soutenir la science » et « défendre l’esprit critique ». Leurs positions sont largement relayées à la faveur d’un fort soutien politique et médiatique.
Dans cette conférence nous utiliserons les outils de l’esprit critique pour analyser un certain nombre d’affirmations véhiculées par ceux qui affirment lutter contre la désinformation. Nous examinerons plus spécifiquement et avec rigueur scientifique :
1) si l’usage des PSNC est effectivement en plein essor en France (affirmation portée par l’Ordre national des médecins [2], la Miviludes [3,4] et des journaux affirmant lutter contre la désinformation [5]),
2) si les PSNC « ne sont pas intégrées » à la médecine conventionnelle et « ne sont pas enseignées » à l’université (affirmations du Ministère de la santé [6], reprises par plusieurs institutions [2,3] et rapports rationalistes [1,7]),
3) si la preuve scientifique d’une efficacité clinique est un argument fort capable de marquer une frontière ontologique entre médecine conventionnelle et PSNC [8] (affirmation du Ministère de la santé [6], reprise par plusieurs institutions [2,3], rapports rationalistes [1,7] et collectifs militants [9,10])
4) si les dérives sectaires en santé ont fortement augmenté depuis la pandémie de Covid-19 du fait des PSNC (affirmation portée par la Miviludes [3,4] et reprise par les différents ordres professionnels en santé [2,12]),
4) si les PSNC sont « par essence » associées à un risque de dérive thérapeutique ou sectaire [2] (association implicite portée par la Miviludes [3,4] et reprise par les différents ordres professionnels en santé [2,12] et la presse)
Dans le contexte français où la défense de la science s’est fortement politisée, cet exposé permettra au public d’appréhender de façon sourcée et chiffrée, la façon dont les acteurs de la lutte contre la désinformation font usage de l’esprit critique et des données existantes de la littérature. Nous discuterons des conséquences de ces positions sur l’appréciation de l’écosystème des PSNC et sa complexité, sur la régulation des PSNC quant à leur utilisation en clinique et quant à la formation des professionnels.
Références
[1] Molimard M, Costagliola D, Maisonneuve H. Information en santé. Bilan des forces et des faiblesses Recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé. Paris: 2025.
[2] Conseil National de l’Ordre des Médecins. Les pratiques de soins non conventionnelles et leurs dérives. Etat des lieux et propositions d’actions. Paris: 2023.
[3] MIVILUDES. Rapport d’activité 2022-2024. Paris: 2025.
[4] MIVILUDES. Rapport d’activité 2021. Paris: MIVILUDES; 2022.
[5] Pacorel J, Mansour J. « Thérapies alternatives, douces, parallèles… « : attention aux dérives des pratiques de soins non conventionnelles. AFP Factuel 2023. https://factuel.afp.com/doc.afp.com.33EU6RN (accessed August 29, 2023).
[6] Direction Générale de la Santé. Les pratiques de soins non conventionnelles. Ministère de la Santé 2024. https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/qualite-des-soins-et-pratiques/securite/article/les-pratiques-de-soins-non-conventionnelles (accessed February 15, 2024).
[7] Cordonier L. Information et santé. Fondation Descartes 2023. https://www.fondationdescartes.org/2023/10/information-et-sante/ (accessed November 28, 2023).
[8] Berna F, Paille F, Boussageon R, Nizard J, Verneuil L. Médecine conventionnelle et pratiques de soins non conventionnelles. EMC-Psychiatrie 2024:37-860-A-90. https://doi.org/10.1016/S0246-1072(24)49264-X.
[9] Berna F, Micoulaud-Franchi J-A, Paille F, Nizard J, Verneuil L. What the “FakeMed”? Or “fake medicines” according to a collective of French doctors. Corrected and republished article. Douleurs : Évaluation – Diagnostic – Traitement 2026:S1624568726000727. https://doi.org/10.1016/j.douler.2026.06.001.
[10] CUMIC. Faut-il intégrer les pratiques de soins non conventionnelles au système de santé ? Le Figaro Santé 2023.
[11] Berna F, Micoulaud-Franchi J-A, Paille F, Nizard J, Verneuil L. What the “FakeMed”? or “fake medicines” according to a collective of French doctors. Douleurs : Évaluation – Diagnostic – Traitement 2025;26:39–43. https://doi.org/10.1016/j.douler.2024.10.010.
[12] Conseil national de l’ordre des sages-femmes. Les pratiques non conventionnelles en santé : comprendre et agir 2024.
Fabrice Berna
Fabrice Berna est professeur de psychiatrie à l’Université de Strasbourg, chef du service de psychiatrie 1 des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, chercheur associé à l’Inserm U1329, Vice-Président formation du collège universitaire de médecines intégrative et complémentaires (CUMIC). Depuis plus de 20 ans, il explore le champ des pratiques de soins non conventionnelles et s’est formé à plusieurs d’entre elles.
Affiliations
University of Strasbourg, Faculty of Medicine, France;
University Hospital Strasbourg, Pôle de Psychiatrie, Santé Mentale et Addictologie, France;
Inserm U1329, Strasbourg, France
Collège Universitaire de Médecines Intégrative et Complémentaires

