Construire un parcours d’oncologie intégrative à l’Institut Bergonié

Introduction
Les pratiques complémentaires sont déjà présentes dans de nombreux établissements d’oncologie, mais souvent sous la forme d’initiatives juxtaposées, peu coordonnées et inégalement intégrées au parcours de soins. À l’Institut Bergonié, à Bordeaux, plusieurs approches étaient déjà proposées aux patients, notamment l’hypnose, l’acupuncture, la méditation de pleine conscience et différentes interventions de soins de support. La création
d’une Unité de Médecine Intégrative en Oncologie (UMIO) vise à passer de cette logique d’offre à celle d’un parcours structuré, coordonné et sécurisé.
Démarche
Le projet a été construit de façon pluriprofessionnelle autour de plusieurs principes : intégration aux soins oncologiques conventionnels, entrée dans le parcours à partir des symptômes et des besoins du patient, recours à des pratiques encadrées, traçabilité et articulation avec les soins oncologiques de support. Un questionnaire institutionnel a parallèlement été diffusé afin
d’évaluer les usages, les besoins et les attentes des patients vis-à-vis des médecines intégratives et complémentaires.
Résultats
L’enquête a recueilli 2 065 réponses, dont 1 831 questionnaires exploitables pour sa première partie. Les principales attentes concernent la fatigue (40 %), l’anxiété ou le stress (25 %), le besoin de détente et de mieux-être (24 %), les troubles du sommeil (23 %) et la douleur (20 %). Les patients expriment par ailleurs le souhait de pouvoir accéder à ces approches à tout moment du parcours si nécessaire (38 %) ou pendant les traitements (28 %). Parmi les pratiques suscitant le plus d’intérêt figurent massage/réflexologie (37 %), conseils concernant plantes et compléments alimentaires (27 %), sophrologie/relaxation et ostéopathie (24 %), hypnose (20 %) et acupuncture (18 %).
L’enquête souligne également un enjeu de sécurité et de coordination : parmi les patients ayant recours aux médecines complémentaires, seuls 36 % déclarent en avoir informé leur
oncologue, contre 48 % ne l’ayant pas fait.
Conclusion
Cette expérience montre que construire un parcours d’oncologie intégrative ne consiste pas uniquement à additionner des pratiques. Il s’agit d’organiser une réponse coordonnée aux symptômes et aux attentes des patients, intégrée au parcours oncologique conventionnel et reposant sur l’information, la sécurité, la traçabilité et l’évaluation. Les données recueillies auprès des patients constituent ainsi un levier pour faire évoluer une offre historique vers un véritable modèle de soins intégratifs.

Auteur
Dr Sylvie Colombani-Claudel est médecin anesthésiste-réanimateur à l’Institut Bergonié, Centre de lutte contre le cancer de Bordeaux. Formée à l’hypnose depuis plus de vingt ans, elle développe depuis 2015 une consultation dédiée à l’hypnose et à la prise en soin de la douleur chronique en oncologie. Elle est également responsable pédagogique du DU d’Hypnose médicale de l’Université de Bordeaux. Elle coordonne actuellement, avec une équipe pluridisciplinaire, les docteures Sandra Leguyader-Peyrou et Céline Auzanneau, le projet de création d’une Unité de Médecine Intégrative en Oncologie (UMIO) à l’Institut Bergonié

Sebastien Chary